Le pouvoir de l'oubli

Pierre : L’éveil est-il contagieux ?


Didier : Je vais répondre à ta question, mais tout d’abord revenons en à l’essentiel. Toutes les histoires, incluant l’histoire de l’éveil, sont hallucinatoires. Nous ne pouvons pas rendre compte de l’Unicité en découpant l’espace et le temps en petits bouts : avant, après, ici et là ; en prenant un point de référence qui est une histoire parmi tant d’autres et espérer qu’en creusant cet aspect, nous débouchions sur « l’Un ».


L’Ouverture serait plutôt inverse : ignorer l’histoire personnelle, oublier la sienne propre comme celle des autres, non pas en la niant – ce serait difficile vu sa position centrale – mais en la remettant à sa place de simple Objet.


ll ne s’agit pas du summum de la personne, ni même de son éveil mais de sa dissolution pure et simple et irrévocable. Cette nuance est fondamentale.

Il s’agit d’une dissolution non pas en tant que « corps / énergie / mental » mais en tant que « Je » associé.


Voici un extrait qui illustre l’aspect du détachement de « mon » histoire personnelle :

« J’ai perdu ma forme humaine, Je me suis dépouillé de toutes mes carapaces, ou de la plupart d’entre elles... Je me sens détaché de tout, libre de toute influence. Il ne reste en moi aucune rancœur avouée ou inavouée contre quiconque. Je ne ressens pourtant ni indifférence négative, ni négligence en face de l’action. Il ne s’agit pas non plus d’une solitude désespérante, ou même d’un désir de rester seul. C’est plutôt un sentiment inconnu de désintéressement, la capacité de me plonger dans l’instant et de n’avoir aucune pensée que ce fût pour le reste. Les actes des gens ne me touchent plus, car je n’espère plus rien de l’avenir. Une paix étrange est devenue la force souveraine de ma vie.» Carlos Castaneda


L’histoire personnelle est une hallucination. Et plus nous en parlons, plus nous y croyons !


Mais pour en venir à ta question : oui, l’éveil est contagieux...

– si l’aspect terrestre de la rencontre s’efface pour laisser place à la transcendance.

– si le chercheur laisse tout son bagage de savoir au vestiaire.

– si le chercheur est mûr pour rencontrer la plus totale simplicité.

– si c’est, comme tu le dis, une question de karma, auquel je préfère le nom de Destinée, qui décrit mieux un événement impersonnel.

– si, si, si...

– pas besoin de si.


Au final, comprends que rien de ceci n’a d’importance. Ce que nous sommes vraiment, nous le sommes tous, que nous l’oublions ou pas, que nous le sachions ou pas.


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